LES ARTISAN·E·S DES DROITS HUMAINS

Le viol, un sombre secret de guerre

C’est souvent pendant les conflits armés que les droits humains sont le plus souvent violés. Le droit humanitaire s'applique dans les conflits armés, restreignant les actions des parties belligérantes, assurant la protection et le traitement humain des personnes qui ne participent pas ou ne peuvent plus participer aux hostilités. Cependant, ce droit n’est pas respecté par une grande partie des belligérants pour diverses raisons, le plus souvent politiques et sécuritaires. Elles mènent à des violences diverses.

et → 5 décembre 2018

Les violences sexuelles en temps de guerre sont aussi vieilles que la guerre elle-même. Mais la nature des violences perpétrées induit que que ces horreurs disparaissent souvent sans que l’on en parle, épurées des livres d’histoire. Pourtant, le viol de masse est si courant en temps de guerre que cela ne le rend que plus destructeur. Il détruit psychologiquement et physiquement des individus. Il réduit des personnes au silence. Il détruit des communautés. Il propage les maladies. Il tue !

Dans un contexte armé, le soutien aux victimes est quasi inexistant, cela les rend d’autant plus vulnérables. Elles sont détruites. Elles sont stigmatisées. Cette stigmatisation détruit les familles et détruit la société. Cela laisse des enfants non désirés qui rappellent constamment le pire jour de la vie de leur mère.

 

Qu’est ce que le viol de guerre ?

De l’Ancien testament à la seconde guerre mondiale, en passant par Gengis Khan et le tableau de Jean-Louis David, « Les Sabines » (1799); ces exemples démontrent que le viol n’est pas une problématique de l’Histoire moderne mais que cette arme de guerre existe depuis que les humains sont capables de se faire la guerre. 

Le viol de guerre a longtemps été mal interprété par les dirigeants militaires et politiques – en d’autres termes, ceux qui sont en mesure de l’arrêter – comme un crime privé, un acte sexuel, la conduite ignoble d’un soldat occasionnel ou, pire, il est accepté précisément par ces dirigeants en raison de la banalité de cet acte en période de conflits.

Cependant le viol remplit régulièrement une fonction stratégique en temps de guerre et fait partie intégrante des objectifs militaires.

En ex-Yougoslavie, les viols et autres exactions graves commises par les forces serbes ont eu pour objectif de pousser la population non serbe à fuir. En Birmanie également, le viol faisait partie d’une campagne militaire visant à chasser les Rohingya du pays.

Il est essentiel de documenter où et comment le viol constitue un outil de stratégie militaire pour contrecarrer la vision de longue date du viol à la guerre. Se concentrer sur l’aspect massif du viol (génocidaire, collectif, …) lui enlève son caractère traumatique personnel et ne pose pas la question de la fonction du viol en temps de guerre.

Le viol atteint le niveau de crime de guerre ou d’infraction grave aux Conventions de Genève, qu’il s’agisse d’une infraction manifestement massive ou associée à une politique stratégique de guerre. Les viols individuels qui fonctionnent comme des actes de torture ou des traitements cruels et inhumains constituent eux-mêmes des infractions graves aux Conventions de Genève. Ainsi, même si le viol se produit, d’après les dirigeants, de manière individualisée et non au service d’une politique stratégique globale et non à grande échelle, il constitue une violation du droit international. Lorsque le viol a lieu à grande échelle ou en tant que politique orchestrée, cette dimension supplémentaire du crime est reconnue en désignant et en poursuivant le viol comme un crime contre l’humanité.

 

Pourquoi le viol est-il utilisé comme arme de guerre?

La guerre comporte un élément psychologique important, qui prend généralement la forme de violences sexuelles et sexistes, notamment le viol, le mariage forcé, le trafic et la torture. La violence sexiste et le viol sont des tactiques de guerre qui constituent une forme lente et répandue de meurtre psychologique.

La réalité moderne de la guerre est qu’elle se passe  à des grandes échelles; la violence sexuelle à l’égard des femmes et des filles également. De même que la violence sexuelle à l’égard des hommes.  

Le viol est aussi une forme de nettoyage ethnique puisque l’auteur force sa victime survivante à faire naître sa lignée. Par ce moyen, il perpétue ses gênes ethniques tout en déchirant le tissu social de la « société violée ».

Pour la même raison, le viol comme tactique de guerre a également été reconnu comme un «pas» vers un génocide par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Cependant, il est alarmant de constater que la lutte contre cette forme de guerre reçoit peu d’attention et peu de ressources.

Le viol est rarement le résultat d’un désir sexuel incontrôlé, mais plutôt un moyen d’exercer un pouvoir et d’instiller la peur chez les victimes et leur communauté.

La résolution 1820 du Conseil de sécurité des Nations Unies stipule que la violence sexuelle est « une tactique de guerre visant à humilier, dominer, susciter la peur, disperser et / ou déplacer par la force des membres civils d’une communauté ou d’un groupe ethnique ».

Le viol est utilisé pour démoraliser et déstabiliser des communautés entières. Cela détruit la cohésion des familles et des sociétés, par exemple lorsque des chefs de village sont violés en public ou que leurs fils sont forcés de violer leur mère. Cette méthode a largement été utilisée en République Démocratique du Congo où, durant les combats de la guerre de 1998, des dizaines de milliers de personnes ont été violées. Le nombre de victimes de viol survivantes est estimé à plus de 200 000 aujourd’hui dans le pays.

La violence sexuelle est également utilisée pour obtenir des informations, par exemple comme méthode de torture dans les centres de détention. On peut retrouver ce but dans les violences sexuelles perpétrées en Syrie. D’après un rapport du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), intitulé « Sexual Violence against men and boys » datant d’Octobre 2017, les violences sexuelles envers les hommes et petits garçons sont bien plus fréquentes qu’on ne le pense. En effet, durant leur détention des hommes sont agressés sexuellement afin de récolter des informations sur leur appartenance politique par exemple. Les violences sexuelles qui leurs sont infligées visent à les briser afin d’avouer les informations demandées par leurs bourreaux.

 

La naissance d’un combat contre le viol de guerre

La communauté internationale reconnaît de plus en plus la problématique du viol de guerre mais elle reste très méconnue.

Le 31 Janvier 2018, Angelina Jolie a dénoncé le viol comme arme de guerre devant l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Le Docteur Denis Mukwege, qui a consacré sa carrière à combattre les violences sexuelles dans les conflits armés a reçu le prix Nobel de la paix en 2018, de même que l’activiste yézidie, Nadia Murad, ancienne prisonnière de l’organisation Etat Islamique, qui a également reçu le prix Nobel de la paix en 2018, pour son combat contre les violences sexuelles.

De plus l’ONG, We Are NOT Weapons of War, se mobilise activement afin de parler de cette problématique. Elle a produit récemment un documentaire intitulé “Libye, Anatomie d’une crime”, qui montre la violence des atrocités commises en Libye à travers plusieurs témoignages bouleversants.

 

Une des façons d’aider toutes ces victimes détruites et oubliées, est de leur donner une voix et de démocratiser le débat afin de réduire le tabou lié à cette problématique. Cette question est importante, nous devons en parler et ne pas oublier que le viol de guerre est pensé comme une arme et non comme un acte cruel isolé !

© Illustration de Clémence Moutoussamy 

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