LES ARTISANS DES DROITS HUMAINS

Qu’est-ce que l’UNRWA ?

L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient perd une grande partie de son financement suite à l’arrêt du financement américain. Lumière sur cette agence onusienne nécessaire à la survie de nombreux réfugiés palestiniens.

→ 26 septembre 2018

L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) est une agence onusienne créée en 1949 pour fournir une aide humanitaire à la suite de la guerre israélo-arabe de 1948, qui a entraîné le déplacement de centaines de milliers de Palestiniens au Moyen-Orient.

La guerre de 1948 a déraciné plus de 700 000 Palestiniens de leurs foyers, créant une crise de réfugiés qui n’a pas été résolue en 70 ans. Cette éviction a pour nom la Nakba1 et son héritage reste l’une des questions les plus difficiles à résoudre dans les négociations de paix entre l’Autorité palestinienne et Israël.

Source : Réfugiés palestiniens en octobre 1948 fuyant l’occupation israélienne.

A la suite de la Nakba, l’UNRWA a été instaurée le 8 décembre 19492 et devait initialement être une agence temporaire. Il a continué de fournir un soutien aux réfugiés palestiniens pendant la plus grande partie des sept dernières décennies. En effet, les Palestiniens sont le seul groupe de réfugiés dont le soutien n’est pas pris en charge dans le cadre du mandat élargi du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés3.

L’agence n’a jamais participé à des négociations de paix et a plutôt concentré son attention sur les efforts humanitaires déployés au Moyen-Orient dans les zones où se concentrent le plus grand nombre de Palestiniens déplacés. Son but est donc d’apporter des réponses à la crise humanitaire touchant la population palestinienne. Elle fournit principalement des services et des financements aux personnes enregistrées en tant que réfugiés palestiniens dans les territoires dans le cadre de son mandat.

Le mandat de cette agence lui permet de toucher environ 5,3 millions de réfugiés répartis entre Gaza (le plus grand champ d’opération de l’agence), la Cisjordanie, la Syrie, le Liban et la Jordanie.

La Jordanie, pays qui accueille plus de 2,1 millions de réfugiés palestiniens enregistrés, est le pays qui abrite le plus grand nombre de personnes à qui l’UNRWA fournit une aide.

Source : United Nations, UNRWA fields of operation map 2017

Israël se dispute régulièrement avec l’organisation, refusant la demande palestinienne d’un droit au retour pour les réfugiés déplacés par le conflit arabo-israélien. Cette problématique est récurrente dans la recherche de la légitimité de l’agence onusienne. En effet, les réfugiés palestiniens – ayant quitté les territoires occupés des suites des guerres successives – demandent à revenir sur leurs terres ou celles de leurs familles. Cependant Israël refuse de rendre leurs territoires à ces populations. C’est dans cette optique qu’Israël accuse l’UNRWA d’être une agence politique engagée car elle pousserait les palestiniens à demander la restitution de leurs territoires.
Mais malgré les réserves d’Israël, l’organisation est reconnue internationalement pour ses efforts humanitaires et joue un rôle majeur dans la région.

Son rôle fondamental est de garantir une protection et un environnement sûr aux civils palestiniens qu’ils soient présents à Gaza en Cisjordanie ou dans les pays environnants.

En ce qui concerne les réfugiés palestiniens à l’extérieur des zones d’opérations de l’UNRWA, c’est le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui en est responsable.

La quasi-totalité de la population palestinienne de la bande de Gaza, soit environ 1,3 millions de personnes, reçoit une aide de l’UNRWA. L’agence y agit presque comme un État à part entière, responsable de la majorité des écoles, des établissements de soins de santé et de certains services publics.

L’aide de l’UNRWA se concentre principalement au niveau éducationnel. Cependant elle fournit également des services de santé physique et mentale, elle fournit une aide à la construction et à la collecte des ordures dans les camps de réfugiés, elle fournit également des rations alimentaires de secours ainsi que des services d’urgence, etc.

Tous les services de l’UNRWA se sont révélés nécessaires au fil du temps pour la population palestinienne et présentent de nombreux avantages.

  • En effet, alors que les structures d’aide sont largement accusées de ne pas profiter aux économies locales car elles n’intègrent pas les Palestiniens dans leurs systèmes économiques, l’UNRWA est remarquablement locale. En 2013, l’UNRWA-Gaza employait environ 12 500 Palestiniens qui dépensaient leurs salaires localement et 30 à 35 non-Palestiniens.
  • De plus, les services de l’UNRWA dans leur globalité offrent un réseau dense de contacts et de connaissances, afin de pouvoir servir les réfugiés de Palestine dans leur ensemble. Leurs dossiers médicaux couvrent toute leur vie. Leurs enfants fréquentent les mêmes écoles tout au long de leur scolarité. Ils ne sont pas désavantagés par les discontinuités de service ou d’information qui prévalent parmi les autres communautés déplacées.
  • Enfin, l’UNRWA dispose de vastes connaissances en matière d’infrastructure et de logistique, allant des réglementations en matière de blocus aux réseaux de distribution d’entrepôts.

C’est dans ce contexte que les États-Unis de Donald Trump ont décidé d’arrêter de financer cette agence nécessaire à la survie des Palestiniens. Depuis le début de son mandat, Trump a imposé des restrictions budgétaires importantes (300 millions de dollars destinés directement à l’agence et 200 millions de dollars d’aide au développement). C’est le 31 août 2018 que les États-Unis ont annoncé qu’ils supprimaient toutes leurs contributions financières à l’agence onusienne.

A la suite de cette décision, la solidarité internationale a conduit plusieurs pays tels que l’Allemagne ou le Royaume-Uni à décider l’augmentation de leurs financements mais cela ne permettra pas de combler entièrement les contributions américaines.

Sachant que les contributions américaines étaient les plus importantes, suivies de loin par les contributions de l’Union européenne, qu’adviendra-t-il désormais de cette agence et des réfugiés palestiniens ?

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