LES ARTISANS DES DROITS HUMAINS

La notion de temps en prison:de nouveaux paramètres de réinsertion ?

A-t-on déjà pensé aux activités des détenus dans une prison et comment le temps passe-t-il derrière les barreaux ? Au-delà de toute donnée technique de réinsertion, a-t-on déjà pensé au paramètre temporel ? Ceci peut paraître simple pour ceux qui sont en dehors des barreaux, mais primordial pour ceux qui sont de l’autre côté !

et → 20 juin 2018

Le temps est une des questions majeures qui tourmentent les humains. Si, dans l’Antiquité, la place accordée au temps n’était pas importante, Emmanuel Kant, au XVIIIème siècle, lui accorda une dimension majeure et amplifia son rôle. Il y aperçut une forme universelle permettant de saisir les phénomènes. En effet, le temps a pu résoudre plusieurs problématiques dont l’homme a pu faire face. L’exemple le plus concret reste l’origine de l’univers qui, a priori, tourne autour de plusieurs questions liées à l’espace-temps (A. Einstein, S. Hawking…).

Et si la prison, en tant que phénomène préoccupant, était une forme de torture ? Surtout lorsque les législateurs, en tant qu’institution qui élabore toutes les lois qui nous protègent (concrètement il s’agit du gouvernement et du parlement), ne prennent pas en considération la notion du temps ?

En effet, « Il est dur à tuer ce temps ! », nous témoignent des détenus. Cette notion du temps est liée à l’occupation et sa durée est extrêmement pénible à vivre pour les détenus. La notion du calendrier finit par s’estomper dans une vie qui n’est plus marquée par les événements. Tous les jours se ressemblent et les mois aussi, parfois les saisons. « L’espace et le temps sont les repères familiers dans le cadre desquels, nous interprétons ce que nous percevons du monde qui nous entoure, en particulier le mouvement. Pourtant l’espace est, par nature, temporel et le temps, spatial, puisque tous les deux constituent les supports de notre vie sociale ».

Des études sur le terrain ainsi que des témoignages de prisonniers et de surveillants, ont démontré l’importance du cadre temporel dans la gestion efficace du milieu pénitentiaire. Dans un espace réduit et sans repère temporel, le comportement des détenus est directement influencé par le temps qui passe – ou ne passe pas – et qui peut s’avérer ralenti et destructeur.  Par conséquent, ce constat se situe à l’opposé du vrai objectif de la justice qui est de réadapter les individus, dits délinquants, à la vie en société. C’est ce qu’on appelle la réhabilitation (Réhabilitation = réinsertion = resocialisation).

Ainsi, la notion de temps chez les prisonniers est différente de celle des personnes qui sont de l’autre côté des barbelés. La politique pénale et carcérale devrait, par conséquent, prendre en compte ce facteur, en vue de réaliser son objectif ultime qui n’est plus la répression, a priori, mais la réinsertion sociale. Ainsi, qu’elles soient au niveau de l’organisation dans un établissement carcéral ou au niveau de la rédaction des textes de loi qui régissent ce domaine, les mesures pour aboutir à la réinsertion, demeurent quasi-absentes. D’abord en raison de la précarité du concept de resocialisation dans l’esprit des dirigeants, de la société, mais aussi parce qu’un détenu reste un individu antisocial qui ne suscite pas l’intérêt de tout le monde, ou du moins il n’est pas une priorité. C’est juste « un criminel de plus », certains le considèrent même comme « un monstre » qu’il faut juste éloigner de la société, enfermer à tout jamais !

La notion de temps devrait donc revêtir un aspect primordial de la politique criminelle et carcérale. D’abord parce que le temps est la notion principale autour de laquelle s’articule la peine privative de liberté (la prison). Ce temps – dit pénal – permet de différencier une contravention, un délit ou un crime. Selon le Code pénal, une contravention concerne uniquement les infractions les plus légères, c’est-à-dire celles qui n’entraînent pas de peine de prison. Exemple : brûler un feu rouge. Le délit, quant à lui, va concerner des délinquances plus graves, il peut entraîner une amende de 3750€ et plus, ainsi qu’une peine de prison de deux mois minimum, qui peut aller jusqu’à 10 ans. Exemple : non-assistance à personne en danger, le vol… Enfin, les crimes sont les délinquances les plus graves de notre système judiciaire, ils entraînent d’énormes amendes et des peines de prison allant jusqu’à la perpétuité. Exemple : le meurtre avec préméditation.  

Le temps peut donc être perçu comme un moyen de répression, car comme on l’aurait constaté, c’est grâce à lui qu’on différencie les différentes infractions, délits ou crimes. Plus la délinquance est grave, plus la peine de prison sera longue. Cependant en fixant de telles peines, le législateur ne pense pas forcément qu’une journée est plus longue à l’intérieur d’une prison qu’à l’extérieur. Dans ces conditions, on peut constater que lorsque la prison n’est pas un instrument de torture physique à cause du surpeuplement, des mauvais traitements ou des conflits entre détenus pour mauvaise gestion, elle peut être un instrument de torture psychologique et nuit à toute hypothèse de réhabilitation des détenus.

Partant de ce fait, le concept de la prison devrait faire l’objet d’une évaluation sérieuse en termes de droits humains, et ce, à la lumière de la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants de 1984.

 

© Illustration de Flo Love.

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