LES ARTISAN·E·S DES DROITS HUMAINS

Chine : quels droits pour les minorités sexuelles ?

La Chine reste pour beaucoup d’entre nous un pays lointain, géographiquement, culturellement et politiquement. La série « camarades chinoi.s.es » cherche à démystifier la question des droits humains en Chine.

et → 30 janvier 2019

* Cet article traite des droits relatifs à l’orientation sexuelle, c’est-à-dire les droits des personnes LGB (lesbiennes, gays, et bisexuel.le.s). Afin de ne pas invisibiliser la situation des personnes transgenres, un autre article viendra discuter spécifiquement des droits relatifs à l’identité de genre. La situation des droits des LGB en Chine est vaste et complexe, mais concentrons-nous sur certains points-clés.

(Très) brève histoire de l’homosexualité en Chine

L’homosexualité a toujours été présente dans l’histoire de la Chine ancienne. Littérature et traditions orales relatent les aventures homosexuelles de nobles tels le duc Ling du royaume Wei.  Mais avec le début de l’influence occidentale dès la fin du 18e siècle, la morale devient plus stricte : le terme d’homosexualité, en chinois tongxinglian (同性戀 « affection pour le même sexe »), est importé de l’Occident.

En 1949, Mao expulse les nationalistes vers Taïwan et fonde la République populaire de Chine. Dès sa création, la Chine communiste bannit et réprime durement l’homosexualité, jusqu’à l’ouverture politique et sociale du pays dans les années 1980, après la mort de Mao. L’homosexualité est décriminalisée en 1997 avec l’abolition de l’article du Code pénal condamnant les relations homosexuelles pour « crime de comportement immoral ».  

Après le combat pour la légalisation, la société civile chinoise s’est mobilisée pour obtenir plus de droits et de libertés, au sein d’un des États les plus autoritaires au monde. Elle a reçu un important soutien des activistes de Hong Kong et Taïwan, à qui elle doit le terme tongzhi (同志), désignant aujourd’hui à la fois homosexuels, mais aussi « camarades » dans le jargon communiste (ironique me direz-vous ?).

© Illustration de Clémence Moutoussamy

Droit à la santé pour les LGB

L’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale depuis qu’elle a été retirée de la classification chinoise des troubles mentaux en 20011. Mais pour certain.e.s activistes, cette dépathologisation n’a pas été totale : la catégorie d’ « homosexualité égodystonique »2 servirait encore de base à de nombreuses « thérapies de conversion » dans tout le pays. Au cours de ces thérapies proposées par près 112 hôpitaux et cliniques publiques et privées encore aujourd’hui, des LGB, souvent poussé.e.s par leurs proches, sont soumi.e.s à des traitements médicamenteux et à des électrochocs pour essayer de « guérir » leur attirance pour le même sexe.

De telles souffrances, souvent couplées à l’absence d’un consentement libre et éclairé de la part des concerné.e.s, peuvent constituer des cas de traitements inhumains, voire de torture, d’après le droit international. Ces thérapies représentent un abus médical interdit par le Principe 18 des Principes de Yogyakarta de 2006, le texte regroupant les normes du droit international relatives à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre3. De plus, plusieurs associations chinoises dénoncent ces thérapies allant à l’encontre de la loi chinoise sur la santé mentale de 2013.

Droits et vie privée

L’union entre couples de même sexe n’est pas autorisée en Chine. Un premier cas de deux hommes ayant tenté d’enregistrer leur mariage à Shanghai en 2016 avait été perdu en appel. Or la question du mariage est vitale dans ce grand pays confucianiste, où le principe moral de piété filiale enseigné il y a 2000 ans par le philosophe Confucius, accentué par les effets de la politique de l’enfant unique, placent tous les espoirs de la famille en un seul enfant, qui doit absolument trouver chaussure à son pied pour perpétuer la lignée familiale.

Cela explique que la grande majorité des LGB ne perçoivent d’autre alternative que de se marier contre leur gré, se retrouvant dans des xinghun (形婚), ces « mariages arrangés » entre un homme gay et une femme lesbienne : s’offrir mutuellement un espace de liberté tout en donnant un faux-semblant d’hétérosexualité aux familles respectives. Cela concernerait 13% des LGB mari.é.s, tandis que 84% des chinois.es LGB cacherait son orientation sexuelle à son partenaire, d’après des données de l’ONU. Un jugement rendu par le Conseil constitutionnel taïwanais en mai 2017 ouvrant la voie à une possible légalisation du mariage homosexuel sur l’île a d’ailleurs agité l’espoir d’un vent de changement chez le voisin chinois.

Visibilité et libertés censurées

L’avènement des réseaux sociaux a octroyé aux minorités sexuelles un espace d’expression relatif, permettant de discuter de mangas et séries au contenu homo-affectif4 ou de stars qui n’ont plus peur de cacher leur sexualité. Mais ce semblant de visibilité laisse place à une invisibilisation grandissante de la communauté LGBT+ dans son ensemble. En 2015, le gouvernement a banni tout contenu « vulgaire, immoral ou malsain » de la télévision, incluant toute représentation de personnages homosexuels. De même, en appliquant de nouvelles régulations nationales concernant Internet, Weibo (le « twitter chinois ») avait interdit en avril 2018, pornographie, violence et « sexualités déviantes », tout dans le même sac. Heureusement, une énorme vague de mécontentement parmi les quelques 400 millions d’utilisateurs a obligé l’entreprise à revenir sur ses pas.

Qui plus est, les ONG se battant pour les droits LGBT+ souffrent des restrictions draconiennes aux libertés d’expression et d’association, renforcées depuis l’accès au pouvoir de Xi Jinping en 2012 : quasi-impossibilité d’enregistrement légal et donc d’existence légale, surveillance stricte des activités, limites aux financements étrangers, interdiction de rassemblement, entre autres. Couplées à la censure en ligne et hors-ligne et à la criminalisation de tout type d’activisme, ces restrictions constituent un obstacle majeur au travail des ONG et défenseur.e.s des droits humains, et s’ajoutent aux nombreux risques auxquels ceux.lles-ci sont confronté.e.s. A l’heure où cet article est écrit, le Guangzhou Gender and Sexuality Education Center, importante ONG LGBT de Canton, a été fermée par les autorités sur suspicion d’« organisation sociale illégale », sans autre précision.

Un combat plus que d’actualité !

L’activisme LGBT+ en Chine a d’abord pris la forme du combat anti-sida, alors que l’épidémie se répandait à vitesse grand V dans la Chine des années 80-90. A la suite d’une vague de répression, une majorité d’activistes se sont alors dirigé.e.s vers la cause LGBT+ et ont formé des ONG très actives, notamment à Pékin, la capitale politique, et Guangzhou (Canton), la grande métropole libérale du Sud. Les activistes lesbiennes et transgenres ont joué – notamment lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Pékin en 1995 – et continuent de jouer un rôle central dans ce combat.

Malgré un climat de plus en plus répressif dans une Chine de plus en plus autoritaire, ces réseaux d’activistes et d’ONG continuent de se mobiliser, avec un recours grandissant à la justice et aux tribunaux pour faire valoir leurs droits légitimes. Alors que le pays ne compte aucune loi interdisant la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, une première grande victoire a été celle de M. C, un homme transgenre refusé à un entretien d’embauche pour être soi-disant « homosexuel.le » : en février 2018, une cour d’appel a statué qu’il s’agissait d’une discrimination à l’emploi fondée sur le genre. Une première !

 

Pour aller plus loin :

Liste (non-exhaustive) des principales ONGs LGBT+ en Chine : Beijing LGBT Center, Common Language, Beijing Gender Health Education Institute, Zhitong, Guangzhou Gender and Sexuality Education Center (fermé le 8 janvier 2019), Pflag, et tant d’autres…

© Illustration de Clémence Moutoussamy

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