LES ARTISANS DES DROITS HUMAINS

La liberté de la presse

→ 29 novembre 2017

« La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas »

Devise actuelle du Canard enchaîné

Proclamée par les révolutionnaires de 1789 dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, la liberté de la presse a aujourd’hui une valeur constitutionnelle. Elle repose sur la liberté d’opinion et la liberté d’expression ; c’est dire si elle est importante.

La liberté d’opinion est le droit d’avoir toutes sortes d’opinions, même lorsqu’elles sont contraires à ce que pense la majorité. Ainsi, il s’agit d’une véritable liberté de penser. Dans la plupart des cas, la liberté d’opinion doit être accompagnée d’une autre liberté pour être vraiment effective, comme la liberté d’expression, la liberté de manifestation, la liberté d’association ou encore la liberté de réunion. A quoi bon pouvoir s’exprimer librement, si certains sujets sont interdits ? Quel est l’intérêt de pouvoir monter une association sur les droits humains si l’on n’a pas le droit d’avoir sa propre opinion sur la question ?

La liberté d’expression est l’une des « conséquences » de la liberté d’opinion, car elle est le droit pour tout individu d’exprimer librement ses opinions, quel que soit le moyen d’expression (presse écrite et orale mais aussi blogs, caricatures, vidéos sur Youtube, etc.).

Ces trois libertés (d’opinion, d’expression et de la presse) sont des libertés fondamentales. Plus précisément, elles appartiennent à la première génération des droits humains, les droits civils et politiques1.

En France, ces trois libertés ont surtout émergé avec le courant philosophique des Lumières et ont été consacrées dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC)2. Proclamant la liberté de la presse, elle va jusqu’à dire que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme » (et de la Femme)3.

Pourtant, les rédacteurs de la DDHC viennent directement nuancer la liberté de la presse en écrivant que « tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». Cette déclaration/censure officielle est très emblématique de ce que va subir la liberté de la presse entre 1789 et 1881 : on proclame la liberté d’expression un jour, on censure la liberté de la presse l’autre jour, et ainsi de suite. Avant chaque parution de journaux, il fallait attendre l’autorisation officielle de l’État pour publier. Cela conduisait bien souvent à l’autocensure de la presse, car celle-ci se conformait d’elle-même au « politiquement correct ».

Jusqu’au jour où le Parlement français vota la célèbre loi sur la liberté de la presse, le 29 juillet 1881. Encore en vigueur, elle pose les bases de la liberté de la presse et de la liberté d’expression telles que nous les connaissons. Grâce à cette nouvelle loi, la liberté de la presse est devenue le principe et la censure l’exception. En effet, seuls les « abus » sont interdits et censurés par l’État après la publication des journaux. Prévus la loi, on les appelle les « délits de presse » :

Quels sont les grands principes de liberté de la presse ?

Les journalistes sont libres d’enquêter et de publier sur tous les sujets. Ils peuvent ainsi critiquer l’action des gouvernements sans craindre pour autant des représailles de l’État ; il s’agit de la protection des journalistes.

La protection des sources d’information des journalistes est sans aucun doute le grand principe de la liberté de la presse car elle permet aux journalistes de ne pas révéler leurs sources. Cet anonymat est primordial pour s’assurer que les sources ne seront pas inquiétées et ne subiront aucunes représailles. Ainsi, la parole est libérée et l’information peut circuler.

Pourquoi la liberté de la presse est-elle si importante ?

On pourrait croire que la liberté de la presse n’est que la liberté d’expression des journalistes qui sont libres de leurs opinions, de penser, de créer ou de caricaturer. Mais elle va beaucoup plus loin car elle est un véritable droit pour tous les citoyens : le droit à l’information.

Beaucoup considèrent que la liberté de la presse est la « première » des libertés car sa réalisation permet la réalisation de toutes les autres. En effet, la liberté de la presse est étroitement liée à la démocratie : elle est la condition sine qua non à l’existence d’un véritable débat démocratique dans une société. Comment pourriez-vous vous faire une opinion sur la politique d’un gouvernement, s’il n’existe qu’un seul journal et une seule radio, tous deux contrôlés par le gouvernement ? On pense au ministère de la Vérité, dans le roman 1984 de Georges Orwell : un ministère chargé de décider la « vraie vérité » de la société, n’est d’autre qu’un ministère de la propagande. Malheureusement, c’est ce qu’il se passe (même de nos jours) dans les États autoritaires où la presse est muselée.

C’est pourquoi, on a l’habitude de dire que la presse et les médias sont le quatrième pouvoir, aux côtés des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire de l’État. Mais plus encore, une presse libre et indépendante est un véritable contre-pouvoir aux trois premiers. Toutes ces fois où la presse :

C’est en cela, que les journalistes sont considérés comme les chiens de garde de la démocratie.

Ainsi, la liberté de la presse est essentielle dans toute démocratie car elle permet d’interpeller les consciences des individus afin qu’ils se forgent librement leurs opinions. Un peuple qui réfléchit est un peuple (plus) libre.

 

© Photographie de Jean-François Gornet : Au kiosque Cambronne. 

 

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